{"id":202,"date":"2024-03-19T12:12:00","date_gmt":"2024-03-19T11:12:00","guid":{"rendered":"https:\/\/jademoulin.fr\/?page_id=202"},"modified":"2024-11-13T14:32:23","modified_gmt":"2024-11-13T13:32:23","slug":"textes","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/jademoulin.fr\/?page_id=202","title":{"rendered":"textes"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-columns alignfull is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-1 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"padding-right:var(--wp--preset--spacing--50);padding-left:var(--wp--preset--spacing--50)\">\n<div style=\"height:36px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:63px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\" style=\"margin-right:var(--wp--preset--spacing--60);margin-left:var(--wp--preset--spacing--60)\"><strong><em>Peintures mortes<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"margin-right:var(--wp--preset--spacing--60);margin-left:var(--wp--preset--spacing--60)\"><em>\u00e0 propos de la peinture de Jade Moulin<\/em><br>par Alexandre Rolla<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"margin-right:var(--wp--preset--spacing--60);margin-left:var(--wp--preset--spacing--60)\"><br>\u00ab&nbsp;<em>S&rsquo;il est permis \u00e0 la photographie de suppl\u00e9er l&rsquo;art dans quelques-unes de ses fonctions, elle l&rsquo;aura bient\u00f4t supplant\u00e9 ou corrompu tout \u00e0 fait, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;alliance naturelle qu&rsquo;elle trouvera dans la sottise de la multitude. Il faut donc qu&rsquo;elle rentre dans son v\u00e9ritable devoir, qui est d&rsquo;\u00eatre la servante des sciences et des arts, mais la tr\u00e8s humble servante, comme l&rsquo;imprimerie et la st\u00e9nographie, qui n&rsquo;ont ni cr\u00e9\u00e9 ni suppl\u00e9\u00e9 la litt\u00e9rature. Qu&rsquo;elle enrichisse rapidement l&rsquo;album du voyageur et rende \u00e0 ses yeux la pr\u00e9cision qui manquait \u00e0 sa m\u00e9moire, qu&rsquo;elle orne la biblioth\u00e8que du naturaliste, exag\u00e8re les animaux microscopiques, fortifie m\u00eame de quelques renseignements les hypoth\u00e8ses de l&rsquo;astronome; qu&rsquo;elle soit enfin le secr\u00e9taire et le garde-note de quiconque a besoin dans sa profession d&rsquo;une absolue exactitude mat\u00e9rielle, jusque-l\u00e0 rien de mieux. Qu&rsquo;elle sauve de l&rsquo;oubli les ruines pendantes, les livres, les estampes et les manuscrits que le temps d\u00e9vore, les choses pr\u00e9cieuses dont la forme va dispara\u00eetre et qui demandent une place dans les archives de notre m\u00e9moire, elle sera remerci\u00e9e et applaudie. Mais s&rsquo;il lui est permis d&#8217;empi\u00e9ter sur le domaine de l&rsquo;impalpable et de l&rsquo;imaginaire, sur tout ce qui ne vaut que parce que l&rsquo;homme y ajoute de son \u00e2me, alors malheur \u00e0 nous!<\/em> 1&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"margin-right:var(--wp--preset--spacing--60);margin-left:var(--wp--preset--spacing--60)\">Dans cette mise en garde, teint\u00e9e d\u2019un certain effroi, Baudelaire signifie la volont\u00e9 que la photographie demeure pour toujours \u00ab&nbsp;<em>la tr\u00e8s humble servante&nbsp;<\/em>\u00bb de l\u2019art.<br>En regardant la peinture de Jade Moulin, au premier coup d\u2019\u0153il, l\u2019impression est inverse.<br>Il semble bien que c\u2019est la peinture qui est devenue \u00ab&nbsp;<em>l\u2019humble servante&nbsp;<\/em>\u00bb de la photographie. C\u2019est par l\u2019image que Jade Moulin est entr\u00e9e en peinture. Et tout dans sa peinture rappelle l\u2019image et la photographie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"margin-right:var(--wp--preset--spacing--60);margin-left:var(--wp--preset--spacing--60)\">Dans les cadrages et recadrages, les rapports entre le proche et le lointain, le net et le flou, tout ce qui \u00e9mancipe la peinture des autres moyens de la repr\u00e9sentation, du regard m\u00eame, semble ici s\u2019\u00eatre \u00e9vanoui.<br>La peinture, qui peut se jouer des distances, de l\u2019ombre et de la lumi\u00e8re, des limites du champ de la vision et de toute focale, oublie la libert\u00e9 dont elle jouit pourtant, la libert\u00e9 des mati\u00e8res et des textures, du geste et du coup de pinceau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"margin-right:var(--wp--preset--spacing--60);margin-left:var(--wp--preset--spacing--60)\">Elle est plate, lisse, tant\u00f4t nette, tant\u00f4t floue, elle mime, on pourrait m\u00eame dire qu\u2019elle singe l\u2019image et les appareils de sa r\u00e9v\u00e9lation.<br>Pourtant, quelque chose vacille dans la peinture de Jade Moulin.<br>Il y a une h\u00e9sitation qui se r\u00e9v\u00e8le dans un geste qui ondoie entre une grande dext\u00e9rit\u00e9 et une fausse gaucherie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"margin-right:var(--wp--preset--spacing--60);margin-left:var(--wp--preset--spacing--60)\">Une vibration se d\u00e9gage de ses dr\u00f4les de tableaux aux compositions aussi \u00e9tranges qu\u2019affirm\u00e9es.<br>En se jetant dans la gueule du loup, en s\u2019abimant dans l\u2019image, la peinture retrouve alors une force insoup\u00e7onn\u00e9e, une force qu\u2019elle puise dans sa fragilit\u00e9, dans la pleine conscience, assum\u00e9e, de son obsolescence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"margin-right:var(--wp--preset--spacing--60);margin-left:var(--wp--preset--spacing--60)\">La peinture est morte est c\u2019est pour cela qu\u2019elle est si vivante et si puissante.<br>Jade Moulin est peintre, assur\u00e9ment, elle est peintre de\u00a0<em>peintures mortes<\/em>, une peinture morte \u00e0 qui elle redonne vie, non sans une certaine provocation, avec vigueur, dans un grand plaisir et une joie simple.<br>Tel un chirurgien, elle taille et cis\u00e8le ses compositions au scalpel, pour faire red\u00e9marrer le c\u0153ur de cette grande malade.<br>Elle associe \u00e0 la pr\u00e9cision du geste et de la sc\u00e8ne, une ind\u00e9termination, une ombre, un flou. Mais contrairement aux apparences, ce flou n\u2019est pas celui de l\u2019image ou de la repr\u00e9sentation. Il n\u2019est pas non plus le fruit d\u2019une maladresse. Il est au contraire le fruit d\u2019une volont\u00e9 et d\u2019une d\u00e9termination : la d\u00e9termination de l\u2019ind\u00e9termination des genres qui s\u2019entrem\u00ealent pour ne laisser, face au regard, que la peinture. Elle se retrouve alors seule, face au vide, \u00e0 cette b\u00e9ance grande ouverte par elle-m\u00eame. La peinture se jette \u00e0 corps perdu dans le gouffre de l\u2019image. Dans cet abandon \u00e0 une mort certaine, elle retrouve le chemin possible de sa renaissance.<br>Les avant-gardes ont invers\u00e9 les hi\u00e9rarchies, Jade Moulin les pulv\u00e9rise. Elle redonne ainsi \u00e0 la peinture toute sa place dans la cr\u00e9ation d\u2019aujourd\u2019hui, dans sa plus juste contemporan\u00e9it\u00e9. Peintures d\u2019histoire, sc\u00e8nes de genre, portraits, paysages, natures mortes, tout cela n\u2019a plus cours.<br>La peinture est morte, alors, vive la peinture !<br><br><br>____________________________________________________________________________<br><sup>1\u00a0Charles Baudelaire, \u00ab Le public moderne et la photographie \u00bb, lettre \u00e0 Jean Morel, directeur de la Revue Fran\u00e7aise, 1859, texte int\u00e9gral :\u00a0https:\/\/journals.openedition.org\/etudesphotographiques\/185<\/sup><br><br><br><br><br><br><strong><em>Bliss<\/em><\/strong><br><br>Dans le cadre de l\u2019exposition\u00a0<em>\u00ab Divinit\u00e9s, fleurs, plis et replis \u00bb<\/em>\u00a0avec Sosth\u00e8ne Baran, Thomas Gaugain, Arthur Marie, Jade Moulin, L\u00e9a Nugue, Alice Quentel, Camille Soulat.\u00a0Les Bains-Douches, Alen\u00e7on<br><br>Il ne se passe probablement rien, sinon une certaine qui\u00e9tude qui s\u2019est install\u00e9e dans les ab\u00eemes du quotidien. Alice, Arthur, Camille, Jade, L\u00e9a, Sosth\u00e8ne et Thomas se rejoignent dans des espaces clos scell\u00e9s par une certaine m\u00e9lancolie. Des pivoines se dessinent par empreinte et collage. Des fruits et une canette s\u2019observent \u00e0 travers un sac plastique ou la poche d\u2019un v\u00eatement. Le corps s\u2019est absent\u00e9 d\u2019une chemise ou d\u2019un pantalon froiss\u00e9s qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9pliqu\u00e9s et leur surface fig\u00e9e. Les visages ont disparu du champ, dissimul\u00e9s dans des mains ou tourn\u00e9s vers l\u2019ext\u00e9rieur. La luminosit\u00e9 de l\u2019\u00e9cran de l\u2019ordinateur s\u2019humidifie au contact du plexiglas. Une main virtuelle effleure des interfaces. Des figures apparaissent et se d\u00e9doublent. Peu importe sa lin\u00e9arit\u00e9, le temps a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9 et le r\u00e9el dans ce qu\u2019il renferme de plus anecdotique s\u2019est rempli de souvenirs, l\u00e0 o\u00f9 il avait tendance \u00e0 s\u2019effacer dans le rythme de la vie.\u00a0<br><br>C\u2019est ce flottement des habitudes qui recouvre un sentiment d\u2019irr\u00e9alit\u00e9 enfouie comme une tension surnaturelle qui affleure dans les r\u00e9cits. Lorsque les motifs du concret s\u2019\u00e9vaporent et se fondent doucement dans la fiction, ils rehaussent l\u2019attention port\u00e9e au ressenti plut\u00f4t qu\u2019au signe mat\u00e9riel. C\u2019est une sorte de \u00ab real-fiction \u00bb obsessionnelle de J.G. Ballard:\u00a0<em>\u00ab Ma science-fiction, puisqu\u2019il faut bien l\u2019appeler comme \u00e7a, est plus une real-fiction, comme on parle de real-politik: elle appr\u00e9hende le r\u00e9el comme une myriade de r\u00e9alit\u00e9s floues; elle tente de tracer les contours d\u2019un monde contemporain, que beaucoup tendent \u00e0 placer dans le futur, proche ou non\u00bb<\/em>\u00a0(*). En somme, une fiction du quotidien dont la patine d\u2019\u00e9tranget\u00e9 a fini par refl\u00e9ter une dimension narrative.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"margin-right:var(--wp--preset--spacing--60);margin-left:var(--wp--preset--spacing--60)\">Le d\u00e9senchantement s\u2019il est fondateur nous emm\u00e8ne dans l\u2019adolescence pas si lointaine, o\u00f9 les contres mondes s\u2019apparentent \u00e0 l\u2019habitacle d\u2019une fraiche nostalgie. Ce d\u00e9collement du r\u00e9el s\u2019induit \u00e0 travers des motifs picturaux relevant moins d\u2019un acte de peindre d\u2019apr\u00e8s nature que d\u2019apr\u00e8s images. Leurs formes figuratives et apathiques semblent se lier \u00e0 l\u2019absorption des \u00e9crans, effleur\u00e9s du bout des doigts. Comme on d\u00e9couperait des images ador\u00e9es pour les mettre au mur de sa chambre sans en comprendre la signification r\u00e9elle, ici la sc\u00e9narisation participe \u00e0 la construction de soi, l\u00e0 encore une question de surface, o\u00f9 partout s\u2019immisce une attitude de repli dans lequel fuir, se blottir.\u00a0<br><br>(*) Entretien avec J.G. Ballard par J\u00e9r\u00f4me Schmidt, dans J\u00e9r\u00f4me Schmidt et \u00c9milie Not\u00e9ris (dir.), J.G. Ballard, haute altitudes, Alfortville, \u00c9ditions \u00e8\u00aee, 2008, p.19<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"margin-right:var(--wp--preset--spacing--60);margin-left:var(--wp--preset--spacing--60)\">Fiona Vilmer<br><br><br><br><br><br><br>Extrait du texte <strong>AUTOUR DE L\u2019EXPOSITION \/ L\u2019AUTRE LOI DE LA JUNGLE<\/strong> <br>par Isabelle Henrion<br><br>\u00abJade Moulin, invit\u00e9e par Capsule, propose elle aussi de d\u00e9centrer notre regard vers les\u00a0<br>\u00ab anecdotes du quotidien \u00bb, vers les gestes, objets et espaces qui ne jouissent que trop peu de notre consid\u00e9ration active. Remarquons-nous la timide plante qui fraye son chemin depuis le centre de la plaque d\u2019\u00e9gout ? Consid\u00e9rons-nous les arbres urbains, isol\u00e9s, contraints et domestiqu\u00e9s, en dehors du moment o\u00f9 nous y attachons notre v\u00e9lo, y faisons uriner notre chien, ou nous plaignons de d\u00e9jections d\u2019oiseaux sur le pare-brise ? Pourtant, la pousse de gazon japonais germant au milieu de La plaque en terre crue, ainsi que les arbres de la s\u00e9rie Concrete City se dressent fi\u00e8rement, comme en r\u00e9sistance, au milieu de l\u2019environnement d\u00e9solant qui les entoure. Pablo Servigne et Gauthier Chapelle d\u00e9crivent dans leur \u00e9tude comment l\u2019hostilit\u00e9 des milieux peut favoriser une extraordinaire lutte pour la survie et devenir un facteur de d\u00e9veloppement de solidarit\u00e9s et d\u2019entraide18. Les v\u00e9g\u00e9tations urbaines parviennent ainsi malgr\u00e9 la pauvret\u00e9 de leur espace de vie \u00e0 s\u2019ancrer dans la terre, \u00e0 bourgeonner et \u00e0 fleurir, voire m\u00eame \u00e0 faire \u00e9clater le bitume avec leurs puissantes racines.\u00bb\u00a0<br><br>texte int\u00e9gral :\u00a0<a href=\"https:\/\/pointcontemporain.com\/lautre-loi-de-la-jungle\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/pointcontemporain.com\/lautre-loi-de-la-jungle\/<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:269px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peintures mortes \u00e0 propos de la peinture de Jade Moulinpar Alexandre Rolla \u00ab&nbsp;S&rsquo;il est permis \u00e0 la photographie de suppl\u00e9er l&rsquo;art dans quelques-unes de ses fonctions, elle l&rsquo;aura bient\u00f4t supplant\u00e9 ou corrompu tout \u00e0 fait, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;alliance naturelle qu&rsquo;elle trouvera dans la sottise de la multitude. 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